Destiné à un public universitaire, “Working Towards Equity: Disability Rights and Employment in Late Twentieth-Century Canada”, l’œuvre de Dustin Galer fait le point sur l’expérience des Canadiennes et des Canadiens ayant une incapacité au cours du 20e siècle

Critique de livre : “Working Towards Equity: Disability Rights and Employment in Late Twentieth-Century Canada” ---Dustin Galer

Critique de livre par Kathleen Ogilvie, une volontaire avec le musée de l’histoire ouvrière (écrit à l'origine en anglais)

Destiné à un public universitaire, “Working Towards Equity: Disability Rights and Employment in Late Twentieth-Century Canada”, l’œuvre de Dustin Galer fait le point sur l’expérience des Canadiennes et des Canadiens ayant une incapacité au cours du 20e siècle. En empruntant le filtre du mouvement syndical, Galer se penche sur les nombreux mouvements de personnes ayant une incapacité qui ont vu le jour entre 1960 et 2000 et il s’attarde aux militantes et aux militants, aux employeurs, aux parents et aux facteurs politiques qui ont influé sur ces mouvements. Il avance que si ces mouvements se sont souvent opposés, avec le recul, ils représentent une mouvance en faveur des droits et des possibilités des personnes ayant une incapacité sur le marché du travail. Galer a interviewé des personnes ayant une incapacité relevant de trois générations de travailleuses et de travailleurs au cours de cette période de temps et il tisse leurs expériences et leurs points de vue dans la trame narrative de l’œuvre.

Galer explique que son livre veut faire état de l’histoire sociale de la communauté des personnes ayant une incapacité au Canada et qu’il s’inscrit dans le corpus des études critiques sur l’incapacité. Centrée sur Toronto, en particulier, et sur l’Ontario, en général, l’œuvre suit la ligne du temps s’étalant parfois sur plus d’un chapitre au cours d’une période donnée afin d’explorer des thèmes pertinents et leurs recoupements. Ainsi, les chapitres 1 à 5 suivent l’évolution des mouvements militants. Toutefois, à compter du chapitre 6 et jusqu’à la toute fin, Galer fouille certains thèmes en particulier, tels que les employeurs et le rôle qu’ils ont joué pour assurer l’intégration des personnes ayant une incapacité au marché du travail, comment les campagnes de sensibilisation ont souvent été déjouées par le système capitaliste et comment les gouvernements-employeur ont fait place aux personnes ayant une incapacité et sont devenus le modèle à émuler en matière de milieu de travail équitable.

Galer puise à une multitude de sources à cette fin. Son analyse porte sur un éventail de publications et de documents ayant servis aux militantes et aux militants pour promouvoir l’embauche de personnes ayant une incapacité, ainsi que de témoignages des expériences de travail obtenus lors des entrevues qu’il a menées. De plus, Galer reprend les annonces, les rapports officiels et les écrits d’autres auteurs qui ont chacun mené une analyse plus poussée sur chacun des sujets précités. Grâce à la richesse de cette documentation, Galer a pu mener une étude exhaustive du sujet et faire une synthèse de chacune des périodes et de chacun des thèmes abordés.

Chaque chapitre reprend les propos des participants aux entrevues de Galer, lesquels lui ont fait part de leurs expériences lors de leur arrivée sur le marché du travail pendant la période de temps faisant l’objet du tome. Si l’on obtient ainsi un bel aperçu des expériences des personnes ayant une incapacité pendant la période allant de 1960 à 2000 et au-delà, par moments, ces expériences s’apparentent davantage à des déclarations disparates qui émaillent le texte. Ainsi, le lecteur passe du texte aux citations tirées des entrevues comme s’il s’agissait de deux parties distinctes d’un même chapitre. Quoi qu’il en soit, la preuve cumulée grâce à ces entrevues, d’une valeur inestimable, contribue à l’importance de l’œuvre.

Le premier chapitre du livre est un bel exemple de ces entrevues dont l’auteur se sert avec doigté pour comparer les expériences des personnes interviewées au fil du temps. Galer établit le profil de six témoins ayant une déficience visuelle. Les deux premiers ont débuté leur carrière pendant les années 60 à Toronto. Tous deux sont issus de familles appartenant à la classe ouvrière où le travail servait à définir l’identité de chacun. Galer signale que, dans un cas comme dans l’autre, l’importance du travail pour façonner son identité et assurer son épanouissement personnel a eu préséance sur son incapacité. De même, les deux témoins ont fait valoir que leur famille et leurs soignants s’attendaient à ce qu’ils aient un emploi.

Par ailleurs, un des participants qui est entré sur le marché du travail pendant les années 70 relate que s’il a dû travailler pour survivre financièrement, il l’a fait au détriment de sa santé mentale et que le travail n’a pas contribué à former son identité. Ses problèmes de santé mentale ont perduré pendant les années 80 et malgré les campagnes de sensibilisation aux troubles de santé mentale, ce participant a refusé de révéler ses incapacités par crainte de se voir refuser un accommodement ou de compromettre sa sécurité d’emploi.

Galer procède à un examen dynamique de l’histoire du militantisme en faveur des droits des personnes ayant une incapacité au Canada. Il passe en revue les différents mouvements ouvriers non pas pour s’arrêter à leurs différences mais bien à leurs recoupements. Ces mouvements existaient au niveau de l’action individuelle et de l’action collective politisée et leurs relations ont alimenté la mouvance en faveur des personnes ayant une incapacité au pays, notamment au sein de la collectivité ouvrière. Le récit de Galer en matière de défense des personnes ayant une incapacité donne la parole aux gens au cœur de ces mouvements, ce qui représente une contribution importante aux études sur l’incapacité et l’histoire ouvrière du Canada.